"L'Abolition", film en deux parties de Jean-Daniel Verhaeghe,
programmé ces deux prochaines semaines sur France 2, retrace le combat
de Robert Badinter (interprété par Charles Berling) pour mettre fin à la peine de mort en France. Difficile d'imaginer aujourd'hui - et ce n'est pas la moindre vertu de
ce film que de le rappeler - la violence du débat de l'époque.
Où en est-on de la marche vers l'abolition universelle ? Qu'en est-il plus généralement des droits de l'homme après le choc du 11 septembre 2001 ? Faut-il s'inquiéter pour nos libertés publiques quand s'accumulent les mesures sécuritaires ? Avocat, sénateur, ancien garde des Sceaux et président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, 80 ans, n'a rien perdu de sa passion ni de ses convictions.
Menaces sur les libertés publiques : Entretien accordé à Télérama le 25 janvier 2009
Où en est-on de l'abolition de la peine de mort dans le monde ?
Les progrès ont été beaucoup plus rapides que je ne l'imaginais le 30
septembre 1981, quand la France a supprimé la peine de mort. Nous
étions alors le trente-cinquième pays abolitionniste dans le monde, on
en compte aujourd'hui cent trente-six. Les Nations unies regroupant
cent quatre-vingt-dix-huit Etats, les abolitionnistes sont aujourd'hui
largement majoritaires. L'Europe est désormais libérée de la peine
capitale. A une exception près, significative, celle de la Biélorussie,
dernier Etat dictatorial du continent. C'est d'ailleurs le seul qui
n'appartienne pas au Conseil de l'Europe, dont les quarante-sept Etats
membres sont liés par le sixième protocole à la Convention européenne
des droits de l'homme, qui interdit de recourir à la peine de mort. Les
Russes n'ont pas aboli, mais ils ont, depuis 1996, un moratoire sur les
exécutions qu'ils renouvellent régulièrement. En 1981, franchement, je
n'en espérais pas tant !
Il n'y a pas de retour en arrière possible ?
Ce qui est remarquable, c'est qu'il n'y en a jamais eu. Si on observe
la situation du point de vue mondial, il reste trois grandes zones de
bataille pour l'abolition. La première, c'est la Chine, premier
"producteur", et de loin, de peines capitales. Entre huit mille et dix
mille par an. Viennent ensuite les Etats islamistes intégristes, les
seuls où les exécutions sont aujourd'hui en augmentation. En Iran, par
exemple, elles ont doublé en quelques années et concernent
particulièrement les femmes. Le problème enfin, ce sont les Etats-Unis,
lieu privilégié de la bataille pour l'abolition, parce qu'ils incarnent
le modèle occidental aux yeux du monde. La situation là-bas est
complexe. Le nombre d'exécutions a beaucoup diminué, le pire étant
l'époque où George Bush était gouverneur du Texas. La Cour suprême a
rendu des décisions qui ont resserré le champ d'application de la peine
de mort. Elle est désormais interdite contre les mineurs au moment des
faits ou contre les malades mentaux. Les droits de la défense ont été
aussi renforcés.