Alors que les sénateurs entamaient l'examen du projet de loi pénitentiaire, Robert Badinter rappelait le 3 mars dernier ses positions dans une interview donnée à France Inter.
Dans ce climat
sécuritaire où le moindre fait divers justifie les changements
juridiques les plus populistes, la parole du socialiste considéré comme
un homme "au-dessus des partis" donne un peu d'air. Il le concède, d'ailleurs, la voix grave : "Je considère que la gauche n'a pas fait tout ce qu'elle aurait dû faire pour les prisons".
Souvent accusé de laxisme vis à vis des délinquants du temps où il était ministre, Badinter avoue avoir dû souvent "pratiquer
une politique de non-communication tellement ce que nous faisions était
ressenti par l'opinion publique comme favorable aux criminels".
L'impulseur de l'abolition de la peine de mort n'a pas toujours été
populaire... mais il n'a jamais été populiste, mettant en place des
mesures, très mal perçues par l'opinion de l'époque, pour rendre moins
pénible l'incarcération.
Aujourd'hui, ces principes
sont pourtant d'actualité. L'Europe continue de condamner la France
pour ses conditions de détention, les prisonniers ont de très
faibles perspectives d'emploi (et de réinsertion), "l'inflation carcérale"
continue (une augmentation de 25% du nombre de détenus depuis 2002,
selon lui) alors que le budget ne suit pas, la promiscuité ne faiblit
pas (62.744 détenus pour 52.600 places) et certaines prisons
ressemblent à des zones de "non-droit".
Des problèmes que Badinter n'a jamais cessé de ressasser depuis 25 ans,
dénonçant parfois l'inertie de son propre gouvernement.(...)
En
2009, le vieux sage peut encore se révolter, se félicitant de certaines
améliorations du projet de loi (dont la deuxième partie est, selon lui,
"un renversement extraordinaire par rapport à la politique pénale du gouvernement") et
dénonçant l'insuffisance des réformes. Suit une pique subtile au
gouvernement quand il souligne la façon très sarkozyenne de se placer
invariablement du côté des victimes : "Oui au droit des victimes. Non à soumettre le droit des détenus à l'autorisation des victimes".
Badinter explique surtout très bien par, ce qu'il appelle la "loi d'airain", la réticence des "honnêtes" citoyens à voir les conditions des prisons s'améliorer alors que celle des plus défavorisée est si basse. La situation de crise actuelle ne le rend donc pas optimiste sur l'humanisation des bagnes.
Ce désenchantement n'empêche pas l'ancien garde des Sceaux à souligner
les difficultés des prisonniers pour mobiliser l'opinion : "Cette misère là, vous ne la voyez pas. Par définition, ils ne défileront jamais". Badinter a tenté d'en témoigner dans une carrière traversée par quelques échecs. "Je ne suis pas, je crois que ma vie en témoigne, quelqu'un qui change ni de direction, ni de conviction", disait-il en 1983.
Bakchich.tv (avec les archives de l'INA) vous propose de vérifier que les idées prônées par Badinter n'ont, hélas, pas pris une ride.
Publié sur De source sûre
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